Pour Alice

Il avait écrit une poésie pour Alice,
il y a longtemps,
sans que nul ne l’eût vraisemblablement lue ou ne s’en souvienne,
bien qu’elle fût alors publiée !
et Alice, sa petite fille, la découvrit par hasard, tombée dans une malle
comme tombe une feuille, silencieusement, un jour d’automne :

« Quand vient la première fraîcheur, les feuilles s’envolent, s’envolent emportées par le vent. Un jour, l’une d’elles, encore baignée de fines gouttelettes, toute ébouriffée, est venue se poser sur le pas de ma porte.
Elle me dit :

– Où sont allées mes amies ? Je dormais quand elles sont parties. Maintenant je suis perdue ! je vais devenir une feuille morte !
Tu peux comprendre ma joie de pouvoir la réconforter, en séchant ses larmes de rosée ! Sur son limbe j’ai même osé peindre un visage !

– Je vais bien, me dit-elle, d’un sourire dessiné.

Puis je n’ai pu faire mieux que lui donner ton adresse. Chez toi, je sais qu’elle serait aussi bien.
Et comme les feuilles aiment la vie, en mille tourbillons ciselés, demain peut-être ou après demain, mon invitée frappera à ta porte.

Pour lui offrir le printemps, tu dois la prendre dans tes mains comme on recueille un oiseau. »

Liens

Par la force d’un Pass nous sommes poings liés à nous soumettre,
La peur s’est installée sur la route des rencontres,
Masqués, se faufile la mort des sourires.
Devant chacune des entrées, là, se sont postés des Gardes-chiourme  !

Il n’importe d’évoquer l’adversité dont le quotidien s’asperge,
des peuples terrassés plus fort que par un virus et sa violence,
A la période des pèlerinages Dieu n’y peut rien faire,
l’Humanité non encore sortie des marécages
Il faudra bien pourtant qu'un jour elle s'en extirpe !
L'instant n'est pas conçu pour lancer un appel au miracle,

Il est d’autres liens qui libèrent, ceux-là qui se nouent d'amour,
Une fontaine d'amitié vient désaltérer mes pensées ténébreuses,
d'un seul message reçu.

(peuple afghan, peuple haïtien)

Respire

Les mots, les gens, les choses, apaisés.

Les eaux dormantes décantent leurs limons,

en vain.

La liberté oppressée conduit ses élans de révolte,

débordement des eaux muselées à la courbure du ruisseau,

grondent les cascades,

dans son monde parallèle, en eaux claires,

une truite pour frayer balaie son gravier fin.

Feux





Tous nous attendent derrière les cols,
nous attisons sans cesse nos feux de ralliement,

les auront-ils aperçus ?

La pensée devenue complexe donnant un avis à chacun,
nous-autres, nous livrons nos mots ardents, sans dogme,
pour un partage.

Qui pourrait croire, un instant, que nous ayons raison ?
Nous voulons modestement induire quelque harmonie, 
perler l'avenir.

La candeur d'édifier une destinée à parfaire !

Peuple d’ébauches, compromis d’exister,
rassemble tes miroirs à l'éclat de nos feux
pour visiter l’ombre de tes faubourgs désertifiés d’amour !

Pour toucher les cœurs la harpe du poète est son arme.

Opéra

Le soir d’été apaise les sueurs du jour, une voix comble l’instant.

« Ah! tout est bien fini. Mon beau rêve de gloire,
Mes rêves de bonheur s’envolent à jamais!
Tu m’as pris mon amour,
Tu me prends la victoire,
Seigneur, je me soumets!
O souverain, ô juge, ô père,
Toujours voilé présent toujours,
Je t’adorais au temps prospère,
Et te bénis aux sombres jours.
Je vais où la loi me réclame,
Ta seule image est dans mon âme
Que je remets entre tes mains
. »

Edelweiss

Edelweiss, à la cime des fleurs,
immaculées, 
Vestales descendues du ciel étoilé
Velours à la peau-douceur de femme
Je vous contemple.
Votre présence est mon secret,
posée là, à écouter le chant du torrent couler son murmure.

Papillons

A deux pas de leur village,
ils ont semé des fleurs,
dans un grand champ, des fleurs sauvages !

Sur les versants du Vercors
ils virevoltent, vibrionnent par centaines
dans le pré des sources et ruisseaux.

Les séniors que nous sommes sont les garants du futur,
nos gestes insignifiants méritent, est-il trop tard ?
La fleur butinée de sa robe de fête vêtue
chante aux papillons un refrain de beauté et d'innocence.

Merci à l'Association des amis du vieux St André en Royans, des séniors qui agissent pour sauvegarder la biodiversité. 

Le sybarite

Tant de bavardages, de mots prononcés sur le parvis du dérisoire,

des rires, des cris,

Un fleuve d’ondes bu par ces conquérants de l’instant,

Le présent offre sa fenêtre ouverte au regard du sybarite,

Lui, souffre la détresse aperçue de la femme éclatée,

sait aussi de la lumière capter l’intelligence

ou sans calcul la braise d’amour

jusqu’au frémissement du dernier souffle,

Toutes secondes perdues, O combien aimées.