Parfums

Sommes-nous les humains

à vouloir achever l’agonie du monde ?

La planète n’est plus notre jardin,

certains déjà pensent déguerpir,

 les millénaires auront-ils eu raison de notre usure ?

Il me souvient naguère de coquelicots aux lèvres rougies,

 oiseaux, chenilles et papillons disparus du refuge,

étaient-ils une forme de vie aboutie, ultime ?

Fleurs, nous ne vous couperons plus pour vous jeter dans la tombe,

s’il vous reste encore quelque audace à survivre,

livrez-nous une dernière fois vos parfums.

« Je me suis appuyée à la beauté du monde ! Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains. Annie Ernaux « Les années ».

Un jour prochain

Un porte-conteneurs flambe sur l’océan,
Nouveau jour sombre pour la Planète.
L’incendie éteint, voilà qu’on le remorque au large pour le couler au lieu de le conduire à terre pour le dépolluer.
Un jour prochain la planète vomira, vomira,
TOUT ! 
Un jour prochain les générations futures devront quitter le vaisseau,
pour une destination sans issue.

Photos

Un gypaète barbu fauché sur les pales d’une éolienne,
qui l‘a su ?
annonce l’extinction silencieuse des espèces,
et la nôtre,
la pensée disparue, nulle intelligence à le comprendre, l'Univers est mort !

Incandescent, le mal est la frénésie des hommes, 
L'Humanité atteinte d'un irréversible cancer,

Notre seule âme pour élever nos yeux sans nacelle,
Un vert tendre donne en ses doigts fins la caresse du soir.

Une roue noire griffe le ciel de ses rayures.







			

Je consomme mes heures

Je consomme mes heures
à  regarder le chemin que tracent les hommes,

Emerveillé face au don qui s’exprime 
de tant de virtuoses, tant de prodiges,
tant de créateurs d'Art,

Pose un instant le fardeau que tu portes,
oublie, écoute et regarde,
  
Ce triomphe resplendissant de leurs intelligences
incinère  par contraste la nuit noire des violents,
leurs fièvres fratricides, eux les bâtisseurs de Néant,

Si l’avenir n’est écrit nulle part, 
à peser l’optimisme la balance est incertaine,

Sauf à vêtir sans poudre d'or les mots
lourds de signification et de force,
ainsi le sens du poète, agissant,
dans l’immense.

G. de Nerval (1808-1855)

Que n’ai-je point écrit parmi ces Temps d’aujourd’hui  que je compare
à l’époque dans laquelle vécut G. de Nerval, ce poète qu’on dit fou, dont on se moque,
tandis que brillent au sommet un Victor Hugo, un Baudelaire, un Lamartine,
vivait dans un "ailleurs" comme je vis :

"Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… – et dont je me souviens !"


Gérard de Nerval.

Vivre le vent

Oublier la frénésie des hommes,
quitter l’ornière de leurs sentiers battus,
ne pas s’attarder,
Demain sera différent s’il faut croire l’espoir d’une vie meilleure,
rien n’est certain qu’on y gagne à écouter leurs dires,
Inondés que nous sommes de paroles jusqu’à en être submergés,
s’il est un peu d’air pur quelque part à respirer,
loin,
de la hauteur des futées jusqu’à l’herbe rase des montagnes
vivre le vent à semer ses pollens de printemps et ses graines.

Ce Dimanche,

Couleurs de ce matin, corne d'abondance,
de fièvres assassines,
la mer frissonne sous l'édredon du jour,
une fusée décolle,
vu de l'espace ce n'est que du bleu,
Mais dans le cœur de ses enfants auxquels on pense
la nuit noire de chagrin est tombée,
qu'il est dur, qu'il est dur, Stéphanie,
de dire que la vie continue..
(Attaque terroriste, assassinat de Stéphanie Monfermé,
le 23 Avril, Agent administratif au Commissariat de RAMBOUILLET)

Liberté

Liberté, je t’enseignerai jusqu’à l’aube, je t’enseignerai,
Je t’ouvre le chemin de mes bras ouverts à donner ce que je suis,
Poètes et poèmes, je vous dis, à vous étreindre
jusqu’aux falaises à rouler corps et cœurs unis,
Musiciens et musiques dans l’or de tous les styles
jusqu’à la dissonance à magnifier l’harmonie,
 Peintres, dieux de la création à illuminer nos musées,
Arts et leurs trésors, à combler le souterrain des obscurs,
Je vous enseignerai,
Liberté d'expression jusqu’au bout.

Spectacle

 Que sont-ils devenus, accompagnés de leurs musiques ?

Lui, le saltimbanque aux bras immenses à cueillir des étoiles
 jonglait dans le noir avec des boules de lumière, 

Lui, un enfant, en Pierrot somptueusement vêtu,
marionnette animée que le papa tenait par des ficelles, 
est sorti d’un coffre, lentement, 
a 
fait 
trois 
pas,  (toujours tenu par le papa)
en des gestes lents comme mus par des ressorts,
d’une lenteur parfaite,
s’est, 
courbé,
devant le Public,
puis,
le bras,
enfin, 
tendu,
a  lâché une rose,
une rose qu'il portait dans son cœur,
une rose rouge tombée à nos pieds,
puis,
s'est,
lentement, retourné,
a,
fait, 
trois, 
pas,
len-te-ment, d’une lenteur, parfaite, 
jusqu’à se plier dans le coffre.


Porteurs de rêves, Venez à nous !