Nous ne l’attendions pas

Nous nous disions: il viendra la nuit
Nous le croyions grand
Géant
Cuirassé
Armé de dagues, de lances
De marteaux, de masses, de goupillons
Bossu, borne, l’autre oeil méchant
La bouche grande
À nous engloutir promptement
Et des dents d’acier
À déchiqueter nos membres
Et mettre nos pauvres corps en lambeaux
Nous l’imaginions laid
Hideux
Nous pensions:
Beaucoup d’entre nous
Ne mourrons qu’à sa seule vue

Nous ne l’attendions pas
Ou nous ne l’attendions plus
Ou nous faisions comme si

Et il vint
Ridiculement petit
Tellement petit
Si petit que nos yeux
Même en plein jour
Ne le distinguaient point

Il vint sournoisement

Nous vaquions joyeusement à nos occupations
Insouciants, nous achetions et nous vendions
Nous nous remplissions les poches de Louis d’or
Nous construisions des tours immenses
Nous nous faisions la guerre les uns aux autres
Tout allait si bien !

Mais ce jour vint
Où nous vîmes nos vieux
Les premiers
L’un après l’autre tomber

Et quelqu’un alors
Parmi nos savants
Si savants
Mais quand même pris au dépourvu
Quelque part cria:
Il est là ! Il est partout !
Abritez-vous ! Abritez-vous !

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