autres plaisirs minuscules

…Ainsi, nous étions invités par Michel, notre ami géologue du B.R.G.M. d’Orléans.
Nous avions décidé de nous rendre ensemble aux portes des gorges du Verdon, à Aups, village du haut-Var.
C’était un jour de marché. J’ai acheté quelques tommes de chèvre, sèches, ainsi qu’un délicieux miel de lavande du pays. Puis nous nous sommes restaurés sur place, sur la terrasse de cette auberge rustique que tout le monde connait ici, à l’ombre de ce platane millénaire dont il faut cinq hommes, bras tendus, pour en ceinturer le tronc, menu constitué d’une brouillade de rabasses (épluchures de truffes) et d’un civet de sanglier.
Une fois la commande prise par le garçon, pour faire patienter, j’avais sorti un livre de René Char et lu cette histoire que je vais vous raconter.
Mais tandis que je commençais ma lecture, j’ai senti se poser sur moi le poids de bien des regards venant des tables voisines. Alors, j’ai baissé la voix, en continuant de lire.
Que pensez-vous qu’il arriva ?
Eh bien,toutes les tables se sont tues,les tables, mais aussi les fourchettes !

Voici le texte de René Char :

 » Les nouveaux-nés des familles sans aisance étaient menacés de méningite ; leur mère, de fièvre puerpérale. Pour protéger l’enfant, il fallait trouver la limace perlière – une sur mille – qui porte dans sa tête une perle toute ronde, comme la planète Terre. En réalité, c’était bien de la terre solidifiée – purifiée ; peu avant ma venue au monde, ma grand mère partit donc vers la petite colline proche et chercha pendant plusieurs jours le rare mollusque, faisant un massacre de limaces. Récit que j’ai entendu cent fois, mais on disait tant que cette  » pierre de chance » ou  » pierre des bergers « , il suffisait de la coudre
dans le béguin de l’enfant pour le préserver du mal !  »

Alors j’ai posé cette question à mes amis, et je vous la pose :

– Dans vos familles, connaissiez-vous cette tradition ?

Je sais votre réponse, négative. Ainsi meurent les traditions.
Mais un jour, si vous voyez un escargot, laissez-le vivre car il est certainement porteur d’un trésor, de cette pierre de chance que vous n’avez jamais eue, qui ne fut pas cousue dans votre bonnet d’enfant, puisque à vous-mêmes, conduits parfois sur d’abrupts parcours, qu’importe, vous fut donné le miracle de vie.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s