Colchiques des prés fleurissent !

Je t’assure, plus personne ne parle le latin, Stéphane Marie excepté, le jardinier qui nomme les fleurs.

Les hortensias ont choisi l’ombre des chênes.

Je dois te conter l’histoire de ce grand rassemblement réalisé par les fleurs, il y a très longtemps, bien avant la Préhistoire, bien avant les dinosaures. Oui, du temps où seules les fleurs de par le monde existaient.

En corolles épanouies, les belles de nuit sur leurs hauts talons attendent le promeneur.

Ainsi, sur un immense plateau du Sud, les lavandes ont invité les fleurs. Elles sont venues de tous les continents, par les longs fleuves, par les mers, les océans, de toutes ces terres lointaines qui n’avaient encore aucun nom.

De Taizé, sont les roses trémières, vêtues d’un paréo violet-foncé jusqu’au rose le plus tendre.

C’est une fête magnifique, comme il n’en existera jamais plus, tant les parfums qu’elles s’échangent sont variés. Le Plateau au pied du massif des Alpes embaume encore !

Marjolaine, toi si jolie, Marjolaine, le printemps fleurit…

Je ne puis vous citer le nom de toutes celles qui sont venues. Une vie ne suffirait pas à les énumérer.

Le plateau reçut le nom de Valensole car le soleil y est présent toute l’année sur un horizon de montagnes bleues.

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Autrefois on y récoltait la lavande munis d’une serpe et d’un sac de jute en bandoulière. Enfants, on nous recommandait de secouer la touffe de chaque plant avec la faucille avant de la couper car les vipères s’y réfugiaient parfois pour se réchauffer.

Là, des tulipes s’agenouillent pour embrasser les violettes.

Les temps ont changé. Les terres aujourd’hui sont cultivées sans âme. Les alambics d’un autre âge ont été abandonnés. De nouveaux procédés sont employés pour extraire l’huile essentielle.

– Roses, d’où venez-vous ? demandent les crocus
– Du jardin de Bagatelle ! répondirent-elles en chœur.

Au début du mois de Juillet les Chinois débarquent, par bus entiers, déambulent dans les champs de lavande pour y faire une photo, une ombrelle à la main. Dans les boutiques de souvenirs et de parfums de Provence, les vendeuses sont de jeunes chinoises !

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L’édelweiss, descendue du col du Petit Saint-Bernard (je connais l’endroit où elles fleurissent encore aujourd’hui), est la reine d’un jour.

Sur le lac, en bordure du plateau, sommeille encore la Victoria Cruziana, ce nénuphar géant venu d’Amérique du sud, dont la fleur s’ouvre à la tombée de la nuit. Comme éclats de soleil, sur le flanc de la colline flamboient les millepertuis.

Les seringas immaculés, ces jasmins de poète, ont écrit le langage des fleurs.

La fête a duré quatre saisons. Le dernier soir de leur séparation, ce soir-là, pour garder le secret de leur fabuleuse réunion, les fleurs ne fleuriront jamais plus le même jour, en même temps. Ainsi feront l’iris d’Alger en Décembre et les lavandes au 1er Juillet…

Hortensias dans l’ombre des chênes
Belles de nuit sur leurs hauts talons
de Taizé, vêtues de rose tendre, les roses trémières
Marjolaine, toi si jolie, Marjolaine, le printemps fleurit…
Violettes, tulipes agenouillées
– Roses, d’où venez-vous ?
– De Bagatelle ! Et vous ?
Chantez ! Chantez, seringas immaculés !
Et toi, mon Edelweiss, ma reine d’un jour,
conte-moi la fête des fleurs !
Mais où êtes-vous passée, Dame Passiflore ?

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